Elucubrations

Non, ça ne sera pas un long article sur les faiblesses et les zones d’ombres de facebook… si vous cherchez ce genre de post, je vous conseille de cliquez ici immédiatement.

La principale raison est que facebook va devenir payant … bah si !

Non ?

Bon allez j’avoue, je devais passer pas loin de 2h par jour sur ce site, j’ai arrêté la clope il y a 2 ans tous ça pour tomber accroc au poke, like et autres « mdr t’es trop lol » dans les commentaires des photos de mes potes friends.

Non, franchement ça en devenait navrant. Dernièrement, je me suis mis à « liké » des marques, genre je kiffe trop, c’est trop de la boulette ce shop de sextoys à Jarry!! Où je n’ai jamais osé entrer, voir même passer devant la vitrine (au première étage sur la gauche des Galeries de HouelBourg,dans une  ZI en Guadeloupe !!!).

Nan vraiment, ça ne pouvait plus durer. Au resto les potes, au bout de la table, commentaient mon statut depuis leur Iphone 3Gs (jailbreaké, déslimlocké …) et moi … et moi, j’avais arrêter de fumer alors je me faisais chier grave !!!

Facebook, trop cruel, trop intrusif, trop makrelaj-usif … trop de profil dormant, trop de bombe, trop de trop … c’était devenu trop … Même ma mère a un compte facebook, c’est vous dire ! Est ce que je peux, en toute conscience, être sur le même réseau social que ma mère ? Comment en est-on arrivé là ?

Mes stagiaires, avant même que je leur ai appris à se servir d’une souris, connaissent déjà facebook  « Ah oui c’est le truc là, où on peut voir les sextoys? » … D’ici à ce qu’il me demande comme ami, il n’y a qu’un pas, que je ne souhaite pas qu’ils sautent !

Facebook, je te quitte sans regret et sans rancune. Je sais que mes amis sauront où trouver de mes nouvelles … et puis si ce n’est pas le cas, tant pis … c’est la vie !

« asi latè toutmoun kréyol »

Hier soir, l’émission de RFO Guadeloupe « Pawol an nou » avait comme sujet « Ka ki on Gwadloupeyen? » (Qu’est ce qu’un Guadeloupéen ?) … Plusieurs personnes débattaient sur cette question.

Evidemment, le sujet est très à la mode en ce moment, dans l’hexagone, cela fait plusieurs mois qu’on se demande aussi « c’est quoi être français? » …  » Quel est notre identité nationale ? » …et moi la seule question qui me vient à l’esprit quand j’entends parler « d’identité nationale » ou « c’est un français ou un guadeloupéen? » c’est qu’est-ce qu’il peut bien y avoir derrière tous ça? … Racisme, peur de l’autre, protectionnisme, populisme, … tout à la fois !!

En ce qui me concerne, je ne me pose même pas la question de mon identité, je pense l’avoir résolu durant la fin de mon adolescence … en tous cas je le croyais ! La vérité, c’est qu’à l’école depuis tout petit, j’ai grandi avec des portugais, des tunisiens, des algériens, des malgaches, des Antillais, … et des autres ritals comme moi (même si je suis un mélange en fait !!) Alors la question de l’identité, il me semblait qu’on c’était assis dessus depuis longtemps quand ensemble on faisait nos parties de billes, d’échanges de carte panini ou qu’on se faisait la courte échelle pour mater les filles dans les vestiaires de la piscine.

Depuis une quinzaine d’année, j’ai vu les hommes politiques et les adultes en règle générale, foutrent en l’air cette enfance que j’ai vécu. En arrivant en Guadeloupe, je ne savais pas trop ce qui m’attendais, on me disait : » tu verras les guadeloupéens sont racistes! », ou alors on me demandait :  » mais comment tu vas faire? » … Mais comment je vais faire quoi ? Comment je vais faire pour vivre au milieu de noir, c’est ça la question ? Je n’avais pas vraiment de réponse à l’époque, pas argumenté en tous cas. La vérité, c’est que je ne savais pas ce qui m’attendait et je m’en foutais pas mal ! Et c’est ce qui me sauve aujourd’hui du faux débat sur l’identité nationale qui devrait plutôt être un débat sur l’identité internationale.

J’ai repris les cours avec Hector Poullet, il y a quelques semaines. L’an dernier, lors d’un repas chez mon professeur de créole, il nous offre un petit livret (45-50 pages) écrit en français et en créole guadeloupéen : « tous les hommes sont des créoles » ou « asi latè toutmoun kréyol » … traduction littérale « sur la terre tous les hommes sont créoles » … un titre comme une évidence pour moi à ce moment là, mais qui prend tout son sens à présent, avec ces débats autour de l’identité nationale.

Nous sommes tous créoles, au sens propre du terme. La créolité, n’a rien à voir avec les Antilles. Il y a des multitudes de langues créoles. Il y a des langues créoles au US, dans toute la caraïbe, dans l’océan indien, … Si on pousse le concept plus loin, toutes les langues et dialectes sont des créoles, car souvent ces langues sont nés de rencontre entre les peuples… l’époque n’est pas si lointaine où en France, on ne parlait pas la même langue d’une ville à l’autre …

Avec notre société moderne, les flux de migration des populations se sont intensifiés, presque industrialisés et par conséquent le métissage et la créolisation du monde s’est accéléré, bien plus vite que durant ces derniers milliers d’années. Alors c’est peut-être légitime de se demander ce qu’est un français, un guadeloupéen ou un pakistanais, mais la vérité c’est que les hommes prennent conscience petit à petit de leur universalité, alors ne régressons pas, ce débat sur l’identité nationale c’est une bonne grosse daube politique (pardon !).

« Depuis son origine il y a quelques millions d’années, l’espèce humaine n’a fait que se multiplier. Ce faisant, elle s’est métissée, fatalement, inlassablement, inexorablement. La créolisation n’est que le stade suprême de l’hominisation. Oui, frère, toi aussi tu es créole. N’aie pas peur de toi-même. Deviens Ce que tu es. »

Hector Poullet & Laurent Farrugia

Tous les Hommes sont des Créoles, Laurent Farrugia et Hector Poullet •
Paris, Éditions ART (Aux Reflets du Temps) • 38 p. •  2006 •  ISBN 2-916237-2-9 • 5 €

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Juin 2006, la Coupe du Monde de Football va démarrer. J’habite Bordeaux dans une petite maison que je viens juste d’acheter près de la gare St Jean. Je reçois un mail d’un vieil ami en transit en France, il vient de passer 1 an et demi au Japon et retourne vivre à San Francisco, je me dis que c’est lui qui a raison …

L’occasion est trop belle, quelques coups de téléphone plus tard, on appelle au rassemblement de notre bande de pote, tout le monde à Bordeaux pour le week end. On se retrouve tous sur le quai de la gare, la fête va pouvoir commencer et la coupe du monde de football 2006 aussi !

Je me rappelle du premier match que nous somme allez voir ensemble : France – Corée du Sud. Au match précédent la France avait fait un match nul contre la suisse, pendant ce temps la Corée du Sud avait gagné contre le Togo … Ce match contre la Corée était un match à ne pas perdre, et je ne sais pourquoi, mais notre groupe l’a sentie, nous savions que la France, que l’équipe de France avait besoin de nous, les derniers supporteurs de l’équipe de France à Bordeaux.
Je sors de mon placard, les vieux maillots de 90, mes potes sortent les maillots de leurs sacs de voyages, on est chaud, on avait prémédité notre coup, on ne lâcherai rien ça c’est sur.

Première moquerie

On traverse le tunnel qui passe sous la gare de Bordeaux, les gens nous regardent bizarrement : « mais c’est qui ces fous qui supportent l’équipe de France » …  » des jeunes avec le cœur encore rempli d’espoir surement … les pauvres !! ». Cette animosité envers l’emblème, envers l’idée même de l’identité nationale, nous a étonné d’abord, puis ensuite, nous nous sommes rappelé que sur l’échelle de la connerie le bordelais est sur le dernier barreau  (une échelle ouverte qui plus est) !

Vaille que Vaille nous traversons la gare, on ne s’enfoncera pas trop loin dans la ville, on décide de squatter la terrasse d’un café (de la gare) en se disant, on trouvera un écran avec d’autres supporters comme nous … que dalle, les gens cette fois se foute littéralement de notre gueule. Le cafetier (supporter et résistant) nous cache à l’étage, nous installe un écran géant, il est à fond avec nous, ça fait chaud au cœur, enfin quelqu’un qui nous comprend et qui viendra régulièrement nous voir, pour nous ravitailler en bière (le bonheur enfin ou presque …)

Petit à petit, d’autres « vrais » supporters nous rejoignent, nous étions 7, nous arrivâmes une bonne 15aine (bien tassé). Enfin nous pouvions crier notre espoir à chaque passe de Zizou, à chaque accélération de Titi ou à chaque arrêt de Barthez … nous on y croyait à cette équipe. Même si elle nous faisait douter, la joie de les voir marquer n’était que plus grande.

Et puis la joie de voir mes potes et moi même s’énerver contre l’arbitre, un changement de Domenech ou une bière pas fraîche … ça n’a pas de prix.

On fera match nul, en repassant devant la terrasse du café au moment de sortir, les mêmes cons de bordelais qui nous lance : « c’est le maillot de la Corée qui fallait porter ! » … ouais ouais … on s’en foutait, on était ensemble, on avait passé un bon moment à gueuler pour un rien et la soirée n’était pas finie …

On se retrouve parfois dans des situations qui sont totalement en dehors de notre contrôle. Impossible d’échapper à notre funeste destin, on fonce droit dans un mur en appuyant à fond sur l’accélérateur.  Cet état de conscience et d’inconscience est caractéristique des situations suivantes :

- On ne parle pas la même langue et jamais on ne se comprendra vraiment sauf quand on rigole ou qu’on se chatouille

- Dans quelques temps des centaines (milliers) de kilomètres nous séparerons, mais c’est pas grave.

- Mon mari (ou ma femme) rentre à la fin de semaine, alors vite tout le monde à poil

- On n’est pas du même monde et on le sera jamais, mais pourquoi le monde est si cruel ?

- …

Bref quand 2 personnes se trouvent, c’est un peu magique ( et souvent un peu merdique !!), c’est beau à vivre et c’est beau à voir. ça nous mets juste ce petit brin de sentiment de nostalgie de nos années d’adolescent boutonneux (ou pas). Ces années là, où depuis l’arrière de la voiture de notre père l’on disait au revoir à notre amour de vacances resté sur le parking du village vacances.

C’est éphémère et c’est pour ça qu’il faut absolument le vivre.

Le bonheur avec une femme, c’est certainement quelque chose proche du prolongement de cet état, ne pas trop regarder ce qui se passera plus tard et profiter de ses éclats de rire puis de ses larmes qui coulent en voyant la voiture qui s’éloigne sur la route du retour à la maison.

Mais tous ça « c’est la vie »